السبت، 19 فبراير 2011

La Libye tente de couper l'accès à Internet

Les autorités libyennes ont coupé l'accès à Internet du pays, dans la nuit de vendredi à samedi, d'après les mesures effectuées par les entreprises Arbor Networks et Renesys. Peu avant la coupure, les autorités avaient bloqué l'accès à plusieurs sites Internet, dont le réseau social Facebook ou le site de la chaîne d'information Al-Jazeera. Samedi matin, l'accès au réseau semblait partiellement rétabli, certains points d'accès répondant à nouveau, mais l'accès aux sites libyens restait très fortement perturbé.

Le blocage rappelle très nettement celui pratiqué par les autorités égyptiennes fin janvier. Sur le plan technique, la Libye a, comme l'Egypte, coupé les protocoles Border Gateway Protocol (BGP, qui permet aux sites Web d'indiquer leur position sur le réseau) et Domain Name Server (DNS, qui permet aux internautes de s'orienter). L'accès est donc coupé pour les internautes libyens, mais également pour les internautes étrangers qui souhaitent consulter un site libyen.

Comme l'Egypte, la Libye n'a pas eu besoin de recourir à des subterfuges poussés pour contraindre les opérateurs à couper le réseau : le directeur de l'opérateur télécom national et principal fournisseur d'accès à Internet n'est autre que Moahmmed Al-Kadhafi, le propre fils et successeur désigné de Mouammar Kadhafi.

Le rétablissement, tôt samedi matin, des principaux points d'accès au Web ne signifie pas que l'accès à Internet est redevenu normal en Libye. Lors de coupures des principaux protocoles Internet, plusieurs heures, ou même plusieurs jours, peuvent être nécessaires avant un rétablissement complet. La coupure pratiquée au cours de la nuit a également pu servir de test avant d'autres restrictions d'accès. Plusieurs fournisseurs d'accès à Internet étrangers, dont le français FDN, ont mis en place des numéros d'accès pour l'Internet à bas débit, qui permettent de contourner ce type de blocage tant que les lignes fixes fonctionnent.

La coupure de l'accès en Libye a également provoqué des remous dans la Sillicon Valley : de nombreux services, et notamment les raccourcisseurs d'URL comme bit.ly, utilisent des noms de domaines libyens, le "ly" permettant toutes sortes de jeux de mots en anglais. Une partie des serveurs centraux gérant ce nom de domaine étant situés aux Etats-Unis, la coupure ne devrait cependant pas avoir d'impact sur les sites en .ly qui ne sont pas hébergés en Libye.

الجمعة، 11 فبراير 2011

Wikileaks et la guerre mondiale de l'information


Introduction

La publication récente des 250.000 documents de Wikileaks a soulevé un intérêt sans précédent, provoquant tout un éventail de réactions - des plus positives au plus négatives. Mais une chose et sûre : Wikileaks est en train de changer la donne.

Il y a ceux qui prennent les contenus des documents publiés par Wikileaks pour argent comptant, principalement à cause de leur présentation erronée donnée par les grands médias commerciaux.

Il y a ceux qui considèrent que ces documents sont authentiques et qu’il suffit de savoir les interpréter et de les analyser.

Puis il y a ceux, dont beaucoup font partie des médias alternatifs, qui émettent des doutes.

Il y a ceux qui considèrent ces fuites tout simplement comme une opération de manipulation qui vise certains pays précis, dans l’intérêt de la politique étrangère des États-Unis.

Et enfin, il y a ceux qui déplorent les fuites et les qualifient de « trahison » ou d’atteinte à la « sécurité ». De toutes ces opinions, c’est sans doute cette dernière qui est la plus ridicule.

Cet essai examinera la nature des publications Wikileaks et comment il faut les aborder et les comprendre. Si Wikileaks est en train de changer la donne, il faut espérer que les gens feront en sorte que le changement soit positif.
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Wikileaks : la guerre de l’information monte d’un cran

L’affaire Wikileaks encore et toujours… avec une véritable guerre de l’information qui semble s’être engagé sur Internet !

« Site Web introuvable » : voilà ce qui s’affichait hier en page d’accueil du site officiel Mastercard. En fait, le site était en train de s’écrouler sous le coup d’une attaque par « deni de service ».

D’autres sites bancaires - Visa, Paypal ou encore la banque postale suisse - ont également subi ces attaques informatiques de grande ampleur ayant pour effet de paralyser leurs serveurs pendant plusieurs heures.

Des attaques informatiques ont également été menées contre les sites d’avocats et de magistrats suédois liés à l’enquête pour viol concernant le fondateur de Wikileaks.

Tout porte à croire que ces attaques sont la réponse du berger à la bergère. La bergère étant l’institution bancaire qui a récemment coupé les vivres à Wikileaks, et plus largement les Etats-Unis ainsi que tous les gouvernements opposés aux révélations du site suédois. Le berger c’est Wikileaks désormais accompagné de nombreuses brebis sous la forme de hackers qui ont entrepris de le soutenir.

Plusieurs groupes de hackers, dont les "Anonymous", qui s’étaient déjà illustrés dans les batailles autour du piratage de musique, ont lancé une offensive conjointe baptisée "opération vengeance". On ne sait pas combien de personnes y participent mais elles disposent visiblement d’un certain pouvoir de nuisance. Ces « hacktivistes » entendent défendre le site Wikileaks et son créateur Julian Assange désormais hissé au rand de Robin des Bois numérique, celui qui vole l’information des riches pour la donner aux pauvres…

Entre les autorités qui tentent de faire disparaître le site mais qui n’y arrivent par parce qu’il se reproduit partout et les pirates qui sont passés à l’offensive, on assiste à une véritable guerre numérique.

Wikileaks, il en a été question hier à la conférence LeWeb10 qui se déroule actuellement à Paris. C’est le rendez-vous annuel des entrepreneurs du Web. Plusieurs participants, comme Pierre Chappaz, PDG de Wikio, ont dénoncé une « tentative de censure d’Internet par tous les gouvernements de la planète » et se sont dits persuadés que Wikileaks sortira vainqueur de
cette guerre de l’information.


الأربعاء، 9 فبراير 2011

la guerre de l'information de Daniel Ventre


Les technologies de l’information ont contribué à la création de nouveaux modes de vie ainsi qu’à la naissance de développements stratégiques modernes. Comment peut-on tirer avantage de l’information et des technologies de l’information pour prendre le dessus sur ses adversaires ? Comment les technologies de l’information peuvent-elles devenir des armes ? Cet ouvrage analyse le concept de « guerre de l’information » et ses multiples composantes. Il identifie les acteurs, les enjeux, les stratégies possibles et les menaces en observant ses manifestations et ses formulations diverses aux États-Unis, en Chine, en Inde, au Japon, en Russie et à Singapour.



Sommaire


Introduction.


Chapitre 1. Les États-Unis et la guerre de l’information.


La guerre de l’information dans les années 1990.
La guerre de l’information dans les années 2000.
Autres concepts et réflexions importants.
De la perte de maîtrise de l’information.
Les craintes américaines.


Chapitre 2. La Chine et la guerre de l’information.


Le concept de guerre de l’information : genèse.
Le point de vue américain sur la guerre de l’information chinoise, la modernisation et l’informatisation des armées chinoises.
Les relations entre Pékin et Taipei.


Chapitre 3. L’Inde et la guerre de l’information.


L’entrée dans la société de l’information.
Guerre de l’information : développement et adoption de la doctrine.
Comprendre les attaques contre le cyber-espace indien. Les pirates indiens.


Chapitre 4. Le Japon et la guerre de l’information. Les faiblesses du cyber-espace japonais.


Les défis de la sécurité dans le cyber-espace.
La guerre de l’information : une approche japonaise spécifique ?


Chapitre 5. La Russie et la guerre de l’information.


Estonie-Russie : une guerre de l’information ?
Doctrines et composantes du concept de guerre de l’information .
Les acteurs potentiels de la guerre de l’information.


Chapitre 6. Singapour et la guerre de l’information.


Une ambition économique régionale et mondiale.
Les défis à la sécurité.
Cyber-espace et sécurité nationale.
Les forces armées de Singapour à l’ère de l’information.
Les acteurs de la guerre de l’information.
Collaboration internationale et protection du cyber-espace.


Chapitre 7. Identifier agresseurs et actes d’agression.


Les données statistiques.
Classification des agressions de type CNA.
Les acteurs des agressions de type CNA.
Une arme parmi d’autres : les virus.
Comprendre les stratégies possibles des agresseurs.


Chapitre 8. Un droit pour la guerre de l’information ?


La guerre et le droit.
Démarrer et conduire une guerre.
Protéger combattants et non-combattants.
Les défis que pose la guerre de l’information au droit international.


Conclusion.


Bibliographie.


Liste des principales abréviations.


Index

الثلاثاء، 8 فبراير 2011

L’information dans la guerre (information-in- warfare) :


Il est nécessaire de distinguer « guerre de l’information », « information dans la guerre » et « guerre à l’ère de l’information ». pour Martin Libiki, l’expression «information dans la guerre » n’a simplement aucun sens : toutes les guerres utilisent l’information .

Au traver de l’expression « information dans la guerre », l’information est simplement considérée comme un multiplication de force permettant de mieux conduire la guerre moderne, ce que Alvin et Heidi Toffle appellent la guerre de l’ère industrielle. L’information est perçu comme un soutien à la guerre aérienne, navale, spatiale et aux forces d’opérations spéciales.

W.Schwartau considère également que l’information dans la guerre sert à rendre les armes conventionnelles plus efficaces (multiplicateur de force).
L’information dans la guerre est souvent le facteur levier de force dans le succès des engagements et des campagnes, mais les engagements sont nécessaires pour imposer sa volonté à l’ennemi.
La « guerre de l’information » qui est une guerre dans le domaine de l’information s’éloigne donc cette approche. Selon Toffler et Schwartau, la guerre de l’information permet d’imposer sa volonté à l’adversaire en prenant le contrôle, en manipulant ou en interdisant l’accès à l’information. Cette vision est quelque peu similaire à la théorie soviétique de « contrôle réflexif ». Entre ces deux conceptions extrêmes, la plus commune approche est celle de guerre à base d’information (information-based warfare) : il est possible d’intégrer les disciplines militaires pour manipuler les perceptions de l’adversaire aux niveaux tactiques, opérationnels et stratégique. Cette forme de guerre nécessite des changements dans l’organisation.
Daniel Ventre ; la guerre de l'information ; Lavoisier ; paris ; 2007 P51-52

المعلومات في الحرب(information-in- warfare) :

من الضروري التمييز بين "حرب المعلومات" و" المعلومات في الحرب" و"الحرب في عصر المعلومات"، بالنسبة لمارتن ليبكي فإن مصطلح "المعلومات في الحرب" ببساطة لا معنى له: كل الحروب تستعمل المعلومات .

بكل بساطة يمكن اعتبار المعلومات من خلال مصطلح "المعلومات في الحرب" كقوة مضاعفة تسمح بالقيادة الأفضل للحرب الحديثة، هذا الذي دعا إليه كل من ألفين وهايدي توفلر عند حديثهم عن الحرب في العصر الصناعي، حيث ينظر للمعلومات كداعم للحرب الجوية، البحرية، الفضاء وقوات العمليات الخاصة.

يرى (شوارتو) أيضا أن المعلومات في الحرب تستخدم لصنع الأسلحة التقليدية الأكثر فعالية (قوة مضاعفة).

المعلومات في الحرب غالبا ما تكون عاملا مساهما وقوة في نجاح الالتزامات والحملات، لكن الالتزامات ضرورية لفرض إرادتها على العدو.

حرب المعلومات هي حرب مجال المعلومات بعيدا إذن عن هذه المقاربة. بحسب توفلر وشوارتو فإن حرب المعلومات تسمح بفرض إرادتها على الخصم وأخذ السيطرة ومعالجة أو منع الوصول إلى المعلومات. هذه الرؤية هي قريبة على حد ما من النظرية السوفيتية "السيطرة العكسية". بين هذين المفهومين التقارب الأكثر اشتراكا هو أن الحرب قائمة على المعلومات (information-based warfare): من الممكن دمج التخصصات العسكرية لمعالجة تصورات العدو على المستوى التكتيكي، العملياتي والإستراتيجي هذا الشكل من الحروب يتطلب تغييرات في النظام.


تعطيل الانترنت في مصر يعيد اطلاق الجدل في أميركا حول التحكم بالشبكة


يهدد مشروع القانون الذي سيسمح للرئيس الاميركي بتعطيل الانترنت في حال نشوب ازمة كبرى حرية التعبير وحقوق اساسية اخرى.

واشنطن: ادى تعطيل شبكة الانترنت لمدة خمسة ايام في مصر في اوسع انقطاع من نوعه حتى الان الى تحريك الجدل في الولايات المتحدة حول مدى القدرة التي ينبغي ان يمتلكها البيت الابيض للتحكم في الانترنت في حال نشوب ازمة كبرى.
وبالنسبة الى معارضيه، يهدد مشروع القانون الذي سيسمح للرئيس الاميركي بتعطيل الانترنت حرية التعبير وحقوق اساسية اخرى.

لكن انصار مشروع القانون الذي يشق طريقه الى الكونغرس، يعتبرون انه لن يسمح لواشنطن بتعليق الانترنت بسهولة.
وعندما قام حسني مبارك بتعطيل الانترنت في كل انحاء البلاد، انتقد اعضاء الكونغرس الاميركي الذين يقفون وراء مشروع القانون لضمان امن الشبكة الالكترونية، الرئيس المصري واعتبروا انه "مخطىء تماما".

وقال اعضاء مجلس الشيوخ الثلاثة جو ليبرمان (مستقل، رئيس لجنة الامن الداخلي في مجلس الشيوخ) وسوزان كولينز (جمهورية) وتوم كربر (ديموقراطي) ان ما قام به مبارك لوقف الانترنت "كان يرمي الى اسكات الانتقادات الداخلية التي تستهدف حكومته".
واضاف الاعضاء الثلاثة في بيان "مشروع قانوننا حول امن الشبكة الالكترونية يرمي الى حماية الولايات المتحدة من القرصنة على الانترنت من الخارج".

وتابعوا "لن نوقع ابدا قانونا يجيز للرئيس او اي شخص آخر بقطع الانترنت" مؤكدين ان "ممارسة مثل هذه السلطة حتى في الحالات الطارئة خرق لدستورنا".
واوضحوا ان "قوانيننا حاليا تعطينا سببا للقلق". واكدوا انه في حال تم تبنيه سيستبدل الصلاحيات "الواسعة وغير الواضحة" الممنوحة للرئيس باخرى "محددة" لن تستخدم سوى في حال حدوث طارىء على الصعيد الوطني.

وفي حزيران/يونيو بعثت 25 منظمة للدفاع عن الحريات المدنية بينها الاتحاد الاميركي للحريات المدنية ومؤسسة الحدود الالكترونية، رسالة الى ليبرمان وكاربر وكولينز للاعراب عن قلقها.
وكتبت المنظمات في الرسالة ان "تغييرات ضرورية للتحقق من ان التدابير لحماية الشبكة الالكترونية لا تؤثر على حرية التعبير واحترام الحياة الخاصة وحقوق مدنية اخرى".

واضافت "الانترنت اساسية لحرية التعبير وحرية الوصول الى الاعلام ويستخدم الاميركيون هذه الشبكة كل يوم للحصول على معلومات والتواصل".
وفي مدونة قالت رئيسة مؤسسة الحدود الالكترونية سيندي كوهن ان "الدرس من تجربة مصر هو انه لا يحق لاحد ولا حتى رئيس الولايات المتحدة تعطيل الانترنت".

وردا على الرسالة تعهد المسؤولون الثلاثة باصدار قانون "يمنع الرئيس من القيام بما قام به مبارك".
واضافوا "قانوننا يتضمن حواجز تمنع الرئيس من السماح للاميركيين من دخول شبكة الانترنت".

وذكر جيمس لويس الخبير في الامن الالكتروني لدى مركز الدراسات الاستراتيجية والدولية ان الشروط المفروضة لتعطيل شبكة الانترنت "صعبة جدا".

وقال لويس لفرانس برس ان هذا القانون يفرض "حجرا" على الانترنت، مقارنا الامر بالتدابير التي اتخذت لمكافحة مرض انفلونزا الطيور. واضاف ان هذا الاجراء سيسمح بتجنب انتقال العدوى الى الشبكة برمتها من خلال الطلب من مؤسسة مصابة بفيروس الانفصال عن الشبكة".


http://www.elaph.com/Web/technology/2011/2/630479.html?utm_source=feedburner&utm_medium=twitter&utm_campaign=Feed%3A+elaph%2FTechnology+%28Technology+%7C+%D8%AA%D9%83%D9%86%D9%88%D9%84%D9%88%D8%AC%D9%8A%D8%A7%29&utm_content=Twitter

الخميس، 3 فبراير 2011

Tunisie, Egypte révoltes numériques, affrontements physiques De la révolution Facebook aux charges de chameaux


Chameaux et réseaux contre réseaux sociaux ? Les derniers événements d'Égypte viennent de nous rappeler que faire une révolution ne consiste pas à s'indigner, fut-ce en tweetant, en attendant que le tyran s'en aille. Une révolution dépend au final de manifestants, pas forcément pourvus de smartphones, qui descendent dans la rue, de foules qui se battent avec des cailloux et des bâtons, d'une armée qui décide de tirer sur le peuple ou s'y refuse et donc du nombre de gens prêts à mourir dans un camp et dans l'autre. Voire de spectaculaires charges de cavalerie sur des places publiques face à une foule qui recule ou pas. L'insistance mise ces dernières semaines sur la "révolution Facebook" en Tunisie ou sur la contagion dans le monde arabe via Internet avait fini par donner l'impression que ledit monde arabe se divisait en deux camps : tyrans et internautes. Or face à ces scènes qui semblent sorties d'anciennes bandes d'actualité, une charge de cavalerie
sur une place noire de monde, il faut bien constater que l'Histoire ne s'écrit pas qu'en cliquant.
L''idée que le Net et les technologies "un vers un" sont intrinsèquement libératrices est, sinon totalement fausse, du moins simplificatrice et surtout pas nouvelle.

Dès les années 90, à l'époque où personne ne songeait encore à distinguer des Web 1.0, 2.0 et 3.0, il était déjà question de l'agora planétaire où pourraient s'exprimer toutes les dissidences et du formidable élan de liberté qu'encourageraient la diffusion de la vérité et l'expression citoyennes.

Il faut d'abord distinguer les moyens d'information des modes de mobilisation. Connaître les crimes du tyran n'est pas se donner rendez-vous pour une manif. Qu'un pouvoir autoritaire ne puisse plus empêcher totalement ses citoyens de savoir, c'est évident. Certes, il a toujours existé, y compris dans les régimes totalitaires, un scepticisme à l'égard du discours imposés, des rumeurs qui étaient d'autant plus crédibles que l'information officielle ne l'était pas, et des médias étrangers dont l'influence s'exerçait en territoire contrôlé (voir le rôle de Radio Europe Libre pendant la Guerre Froide ou de la TV de RFA en RDA). Mais personne ne songe à nier qu'il est difficile à un régime policier d'empêcher ses citoyens de savoir ce qui se passe et ce que l'on dit ailleurs. Ajoutons un autre facteur souvent négligé : en Tunisie et en Égypte, les télévisions par satellite ne se jouent pas moins des frontières que les réseaux sociaux. Ceci est particulièrement vrai dans un pays arabophone où il est relativement facile de s'informer d'après et sur le nations voisines. Il faut notamment tenir compte du rôle d'al Jazeera et comme télévision permanente d'information et comme site, un des plus consultés de la planète.

Par ailleurs, en parlant des "réseaux sociaux" en général on regroupe sous un même terme des outils différents qui jouent un rôle différent.

Les blogues restent les héritiers du journalisme d'opinion et de dénonciation, avec leur style et leurs auteurs phares. Même si chacun comprend bien qu'il est devenu plus facile à un dissident de s'exprimer qu'à l'époque des rotatives et que le succès d'un blogue dépend de reprises, liens, citations ou indexations qui impliquent une forme de participation d'autres internautes.

Le phénomène Twitter, surtout couplé aux téléphones mobiles, est d'un autre ordre : c'est, par excellence, l'outil fait pour répandre de très courts messages très vite. Très vite veut souvent dire avant que ne puissent réagir la police et les censeurs. Twitter permet de se retrouver pour une manifestation, d'échanger les toutes dernières nouvelles ou d'envoyer, toujours très vite, des images ou des informations à l'étranger. Avec des risques d'erreurs ou de manipulations, de contagions de rumeurs comme on l'a vu au moment où la "vague verte" des manifestants iraniens informait le monde entier sur la répression dans leur pays (ce qui n'a pas empêché leur révolte d'échouer).

Les outils de partage qui permettent de mettre en ligne instantanément des images accusatrices ou des cassettes à l'effet ravageur ont une autre fonction que nous pourrions appeler de vitrine à l'égard des médias étrangers, et, dans certains cas de la diaspora nationale, le concitoyens en exil qui suivent les événements du pays.

Le cas Facebook est assez particulier. Bien sûr, Facebook sert à savoir, à faire savoir, à se coordonner, à proclamer, mais il est surtout un lien. Au-delà de la circulation de messages qui révèlent, indigner ou donnent des instructions, un réseau cela relie et les communautés virtuelles sont avant tout des communautés. Le fait de prendre ou d'accepter quelqu'un pour "ami" ou de suivre Untel, prend un tout autre sens quand il s'agit de fraternité des révoltés, aux sein d'un collectif qui se fixe des buts politiques et non plus d'un simple échange sur les goûts musicaux ou le dernier bruit amusant. Les réseaux (d'ailleurs largement préconstitués et regroupant des gens qui ont des affinités communes) ont aussi un effet d'entraînement et chauffent des passions qu'ils ne créent pas. Il faudrait faire des analyses plus fines, qui tiendraient notamment compte de la spécificité de chaque instrument et des différences nationales (le taux de pénétration de Facebook n'est pas le même qu'en Égypte, par exemple).

Enfin, restera à évaluer la capacité de réaction des systèmes autoritaires. En Tunisie, celui de ben Ali reposait sur le filtrage des réseaux sociaux voire sur un début d'infiltration. En Égypte, la politique consistait à ne pas contrôler Internet au profit d'une répression "classique" avec arrestation des blogueurs et poursuites judiciaires. En attendant le jour où le pouvoir a coupé les réseaux, isolant le pays du reste du monde, ce qui n'était possible que parce qu'il y a peu d'opérateurs et de fournisseurs d'accès en Égypte. Et répond à une question désormais dépassée.

Au moment où nous écrivons, le sort de ce pays ne dépend plus des écrans et des souris, mais des tanks qui ne bougent pas et des hommes qui se battent physiquement dans la rue. Mais la question de la lutte de l'épée et du bouclier, ou plutôt du censeur et du rebelle, va très vite se reposer. Quelles nouvelles méthodes de contrôle, d'infiltration, de repérage vont développer les systèmes autoritaires ? Entre la paranoïa de Big Brother et l'enthousiasme pour les réseaux sociaux libertaires, la réalité se construira autour de réalités stratégiques et techniques.